Samedi 5 mai 2007

 

 

L'intégration :

Qu'est ce que cela veut dire aujourd'hui ?

Question aux blogueurs : Pour le chanteur Anis, ceux qui mettent en avant le combat de l’intégration " ont quarante ans de retard ". Et vous, qu’en pensez-vous ? Réagissez à cette déclaration et au texte ci-dessous en postant vos commentaires.

 

vi.jpg On se souvient de la gêne de Simone Veil, pendant la campagne présidentielle, lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé sa volonté de créer, s’il était élu, un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. L’ancienne ministre aurait préféré que le candidat qu’elle soutient parle plutôt d’ " intégration ".

On sait cependant que ce mot était déjà rejeté par les jeunes dès la fin des années 80. Cela n’a pas empêché la classe politique et les médias de continuer à présenter l’intégration comme une panacée pour la jeunesse qui déclarait son mal de vivre. Les journaux aimaient à multiplier des exemples d’ " intégration réussie ". Un tel, fils d’immigrés algériens, était devenu chirurgien à force de travail, une autre était une chanteuse connue, d’autres encore avaient créé leur entreprise, etc.

Peu nombreux étaient ceux qui avaient compris le piège. Alors que certains " réussissaient " (" à force de travail et de bonne volonté "), c’est donc que tous les autres -chômeurs, exclus, travailleurs pauvres- méritaient finalement leur sort. Ils n’avaient rien fait pour s’en sortir ! Les politiques qui défendaient cette conception avaient conduit à opposer une sorte de beurgeoisie triomphante (ceux que l’on montrait en exemple) à une populace de quartiers ou de banlieues (c’est comme l’on veut) qui avait baissé les bras et qui profitait du système. Les uns, parfaitement " intégrés ", ne posaient pas de problème. Ils étaient en quelque sort " assimilés " à la culture française.

Il ne restait qu’à reprocher aux autres, restés sur le bord de la route, de sombrer et de se complaire dans le communautarisme, la marginalité et, pourquoi pas, l’argent facile du deal. On désignait déjà -et non sans mépris- les " non intégrés " ou les " non assimilés " comme le produit d’un choix personnel, comme de la graine de " racaille ".

Plus de quinze ans après, on peut mesurer le mal qu’a produit cette distinction. La révolte des jeunes, durant l’automne 2005, n’a pas permis de générer la moindre solution. Au contraire : associer deux notions comme l’ " identité nationale " et l’ " immigration " démontre une incompréhension totale d’une réalité pourtant incontournable : celle d’une France plurielle. Mais d’une France plurielle qui souffre d’exclusion et de mal vivre.

De la même façon, reparler d’intégration semble relever d’un autre âge. Le chanteur Anis, fils d’un Marocain et d’une Russe, a vu sa chanson " Intégration " distinguée l’an dernier par la chaîne publique France 2. Celle-ci l’avait choisie comme une des chansons de l’été. Récemment, le quotidien algérien " El Watan " a demandé à Anis si cette " chanson aurait pu être comme un hymne de cette campagne présidentielle où ce sujet est dans l’actualité ".

La réponse du chanteur est sans ambiguïté : " Le débat, pour moi, est fini avant de commencer. Nous sommes tous intégrés. Bien sûr, il y a les élections ; les candidats font, chacun, leur tour en banlieue pour une photo, mais pour moi le problème de l’intégration est résolu, il y a longtemps. J’ai vu à la télé un reportage des années 1980 et déjà on posait la question à des beurs : " C’est quoi l’intégration pour vous ? " Et eux qui répondaient déjà : " Mais pourquoi vous nous parlez de ça, on est nés ici, d’emblée on devrait être intégrés. " Parler d’intégration aujourd’hui, c’est avoir dix wagons de retard. "

Quant à la question de l’identité, voici ce qu’il répond :  " L’identité se construit. Elle se nourrit de tous les apports qui font la richesse et la particularité de la France, c’est un ex-pays colonisateur et, apparemment, cela pose problème. Cela ne devrait pas. Il y a d’autres pays qui ont réglé cette question, comme l’Angleterre ou le Canada. La France, elle, a découvert, il y a dix ans, qu’il y avait des ex-colonies, qu’elle a un passé colonial et qu’il y a des beurs et des Africains dans les cités et qu’il faut les intégrer. Et bien, non. Ceux qui mettent ce combat en avant, celui de l’intégration, ont 40 ans de retard. "

 

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Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE - Publié dans : Débats
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