Vendredi 3 août 2007
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 Le travail et le rôle de la mémoire collective sera le thème du prochain débat public de l'AJS, dans le cadre "Parole de Femmes". Ce débat se déroulera vendredi 7 septembre, à 18h30, à la salle Jean-Bart de la mairie de Dunkerque.  Il réunira Alcide Carton, inspecteur honoraire de l'Education nationale, Francine Auger-Rey, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois, Sabrina Kassa, journaliste et auteure de "Nos ancêtres les chibanis", Brigitte Mounier, metteuse en scène à la Compagnie des mers du Nord. La soirée débutera par la projection du  film "Enquête d'identité" de Jean-Michel Vennemani.
Photo de gauche : Aïssa Zemouri : 
une mémoire aussi riche qu'inépuisable


L'œuf d'Aïssa

Aujourd’hui, on connaît M. Zemouri pour son implication au sein de l’association " Graines de Culture " qu’il a créée à Grande-Synthe il y a une dizaine d’années. Peu sans doute, connaissent son parcours, depuis son enfance en Algérie.

Conteur passionné et passionnant, loin des partis pris, il ne manque pas une occasion de puiser dans ses souvenirs. A travers son histoire, et celle de sa famille, on gagne à découvrir une expérience riche d’enseignements. Les conditions de son arrivée en France, les premières difficultés d’intégration, le regroupement familial, les premiers emplois sur le port de Dunkerque, son embauche aux Chantiers navals, le mouvement et la grande grève de mai 1968, son entrée à Usinor, les discriminations raciales, le syndicalisme, etc. C’est tout un pan de notre histoire commune dont il est l’un des nombreux acteurs.

Cette histoire est contée dans la pièce " Synthe Saga ", mise en scène par Brigitte Mounier, de la Compagnie des mers du Nord. Elle nous en parlera lors du débat du 7 septembre. La journaliste Sabrina Kassa lui a consacré un chapitre dans son livre " Nos ancêtres les chibanis ! ", publié en 2006 par les éditions " Autrement ". Elle aussi viendra nous expliquer en quoi il est important de travailler notre mémoire collective.

" Nos enfants doivent savoir ", assure Aïssa Zemouri. Si vous lui parlez de sa propre enfance, dans le village de Hamda, en Petite Kabylie, il vous contera à coup sûr comment un œuf a décidé, en partie, de son destin. C’était un soir d’hiver. A l’époque, dans les années 40, il fréquentait l’école des Pères blancs. Mais il n’a pas eu le temps d’y apprendre correctement à lire et à écrire le français. " Je rentrais de l’école. Il faisait déjà nuit et pour regagner mon village, il fallait traverser une forêt. Mes camarades couraient. Alors, pour ne pas me laisser distancer, j’ai retiré mes chaussures, qui étaient trop grandes et qui me gênaient, je les ai attachées par le lacet et je les ai portées sur l’épaule ".

Mais dans sa course, l’enfant ne s’est pas aperçu que l’une de ses chaussures avait glissé. L’un de ses copains l’a ramassée discrètement. Le lendemain, il est allé la négocier chez la mère d’Aïssa. " Je vous rends la chaussure si vous me donnez un œuf " lui a-t-il malicieusement proposé. La famille n’était pas riche. Pour la maman, l’œuf représentait beaucoup. Pourtant, elle l'a troqué contre la chaussure. Et elle a décidé qu’Aïssa n’irait plus chez les Pères ! L’enfant est allé à l’école coranique, pour la seule raison que celle-ci se trouvait au sein du village. Ainsi, il ne risquerait plus de perdre ses chaussures, ou autre chose, en traversant la forêt !

" Pour ma mère, l’école coranique ou celle des Pères blancs, c’était du pareil au même".

Sauf que le village était tellement pauvre que les cours étaient très irréguliers. Les maîtres d’école changeaient souvent et venaient peu. Cela n’a pourtant pas empêché l’un d’eux de réveiller la conscience du jeune Aïssa. " Il ne nous apprenait pas que des sourates du Coran, se souvient-il. Il nous a ouvert les yeux sur les réalités du colonialisme français, il nous a expliqué les massacres de Sétif. Il nous a aussi appris des chants révolutionnaires. "

Comme l’écrit Sabrina Kassa, le jeune Aïssa ne comprenait pas tout. Mais il a au moins capté l’essentiel : " il faut relever la tête ". Depuis, monsieur Zemouri ne l’a plus jamais baissée.

_______
(*) 
Nos ancêtres les chibanis ! Portraits d'Algériens arrivés en France pendant les Trente Glorieuses" - Sabrina Kassa - Ed Autrement - 2006.

 





Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE - Publié dans : Débats
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