2013 dans le rétroviseur

Publié le par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE

Des monologues à la pauvreté

 

L’an dernier, « Parole de femmes » a organisé cinq débats riches enseignement. D’une rencontre avec les comédiennes des « Monologues voilés », la pièce d’Adelheid Roosen, aux femmes pauvres, en passant par la question de l’euthanasie, la culture, les mariages forcés et arrangés, l’AJS a voulu porter un regard particulier et proposer un décryptage sur des sujets souvent difficiles. Coup d’œil dans le rétro avant de démarrer une nouvelle saison.

 

 Monologues voilees 4

C’était il y a un peu plus d’un an déjà, à l’occasion de la « Journée internationale de la femme ». Le Palais du Littoral de Grande-Synthe avait programmé une représentation des « Monologues voilés », une pièce écrite dix ans plus tôt par la Néerlandaise Adelheid Roosen et qui a été jouée dans de nombreux pays. Inspirée des « Monologues du vagin », d’Eve Ensler, elle décrit, sans complaisance, la condition des femmes de culture musulmane et leur désir de liberté.

L’AJS s’est associée au « Palais du Littoral » pour organiser, à la fin de représentation, une rencontre avec les quatre comédiennes de la tournée française. Jamila Drissi, Morgiane El Boubsi, Hoonaz Ghojallu et Hassiba Halabi ont expliqué leur engagement et le regard que porte sur les femmes « issues de l’immigration » une société masculine rétrograde. Mais la pièce montre aussi un occident souvent  arrogant et gonflé d’idées reçues et désuètes.

 

L’échange entre les quatre comédiennes et le public fut court, mais d’une richesse exemplaire. Le titre « Parole de femmes » ne s’était peut-être jamais autant justifié.

 

Pour ou contre l’euthanasie ?

 

Autre débat, autre sujet difficile : l’euthanasie. C’était le thème proposé le 30 mai, en partenariat avec le « Studio 43 » et après la projection du film de Stéphane Brizé,  « Quelques jours de printemps ».

Pour débattre, « Parole de femmes » avait invité le père Bruno Cazin, docteur en médecine et vice-président de l’Université catholique de Lille, Annie Dedourge, de l’association « Ultime Liberté », et Alain Masclet, docteur en médecine et président de l’Association AR2S (Améliorer les relations soignants-soignés). Le premier soutient la loi Léonetti du 22 avril 2005 qui, après le cas de Vincent Humbert, a inscrit la fin de l’acharnement thérapeutique. C’est ce que l’on appelle « l’euthanasie passive ».

 

Annie Dedourge, avec l’association « Ultime Liberté » (Antenne de Lille), défend exactement l’inverse en proposant aux patients une fin de vie organisée en Suisse ou en Belgique où l’euthanasie est autorisée. Alain Masclet (AR2S) soutient lui aussi l’euthanasie active. Son association, de création récente, recevait la veille du débat, l’appui officiel de la Ville de Lille.

Il manquait, autour de la table, la présence de l’Association  pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), présidée nationalement par Jean-Luc Roméro.  Soutenu par ce dernier, le délégué régional Claude Janot a refusé de venir dialoguer avec la représentante d’ « Ultime Liberté », elle-même membre –dissidente- de l’ADMD.

 

Après la projection du film  de Stéphane Brizet, une centaine de personnes est restée dans la salle pour assister au débat et échanger avec les intervenants (pour mémoire, les débats réunissent généralement un cinquantaine de personnes). A la tribune, les intervenants ont défendu leurs positions avec fermeté et courtoisie. Tous appellent à la dignité des personnes en fin de vie. Pour le reste, les oppositions demeurent vives. Pour Annie Dedourge et  le Dr Masclet,  la loi Léonetti est très insuffisante à la fois pour les patients, les familles et les juges en cas d’affaires médiatisées. Le cas du jeune Vincent Lambert, plongé dans un état végétatif depuis 5 ans après un accident de moto, a été abordé dès le début de l’échange.

 

Pour le père Bruno Cazin, l’euthanasie dite «active » demeure tabou. Il ne se prive pas de souligner les conditions financières d’une euthanasie réalisée en Suisse ou en Belgique (environ 9000 euros). Tout le monde n’est donc pas égal devant la mort. Reste une loi française permettant un  libre choix pour tous. Dans la salle, on évoque aussi la nécessité d’accompagner les patients en leur procurant l’amour nécessaire. « Aucun patient, en fin de vie, ne m’a jamais demandé de le faire mourir », témoigne cette infirmière. « A une exception près ». Justement. Le débat reste ouvert et difficile.

 

La culture, levier pour l’insertion

 

C’est au Musée des Beaux Arts de Dunkerque que l’AJS a rassemblé le public de « Parole de femme » le 18 octobre.

 

Objectif : mettre en valeurs l’importance de la culture dans le parcours d’insertion des personnes en difficulté et son rôle de vecteur d’émancipation. Cela n’a pas manqué d’être rappelé par les intervenantes. Côté institutionnel, Pascale Stoven, chargée de mission  à  la DRJS Nord – Pas de Calais, a insisté sur l’aspect innovant et particulièrement efficace de ce « levier d’insertion ». Elle cite notamment les « pratiques langagières » mais aussi les diverses initiatives qui impliquent directement les personnes concernées.

Axelle  Vieilleville, coordinatrice des dispositifs d’insertion par la culture au Conseil général du Nord, a présenté la politique départementale en matière d’insertion  par la culture et la démarche du Conseil général autour des droits culturels. Elle a expliqué le rôle de la médiation spécifique sur les territoires, montrant ainsi le volontarisme du Département. Un réseau de médiateurs culturels, fondateurs du CRIC,  a été tissé à travers les territoires du département du Nord et travaille au rapprochement des habitants avec les établissements culturels. Plus généralement, le Département a élaboré un Plan départemental d’insertion pour la période 2010-2015. Ce plan (PDI) est une feuille de route pour les acteurs sociaux. La culture fait partie de ses axes prioritaires.

 

Tous les pans culturels sont pris en compte dans les différentes actions. Théâtre, poésie, arts plastiques, mais aussi pratiques langagières, photographie, vidéo, télévision  radio, etc. Aude Cordonnier, conservatrice en chef et coordinatrice des musées de Dunkerque, a répondu aux demandes de l’AJS dès que celle-ci a mis en place ses initiatives culturelles. Celles-ci ont démarré dès 2000 avec l’action « Elle m’a dit » et se sont depuis développées tout azimuts. C’est ce qu’explique sa directrice, Ourdia Mezine.

 

Dans la salle, plusieurs acteurs ont expliqué comment ils ont encadré ces actions. Les personnes qui y ont participé ont apporté des témoignages très motivés. L’une d’entre elles est intarissable sur son implication et sur la manière dont elle s’est investie dans de nombreuses pratiques artistiques : théâtre, peinture, écriture, pratiques langagières, etc. D’autres participants ont expliqué comment ils ont travaillé sur le thème de la liberté, à travers la peinture, avec des plasticiennes. D’autres encore ont souligné comment ils ont pu franchir le pas en allant, en groupe, visiter des expositions ou assister à des pièces de théâtre.

 

Dans tous les cas, les nombreux témoignages apportés montrent que les personnes inscrites dans les actions mises en place par l’AJS leur ont permis de sortir de leur isolement et de développer leur expression. Les lieux culturels sont devenus accessibles, l’expression a été facilitée. L’accès aux droits culturels est devenu une réalité.

 

 

 « Les violences d’Ici et d’ailleurs » en séminaire

 

DSCN1483 Hadda Zouareg, Rheuria Henni, Christine Sarah-Jama

21 novembre 2013, retour au « Studio 43 » de Dunkerque pour la « Journée internationale contre les violences faites aux femmes » et de la « Semaine de la Solidarité internationale ». Ces deux événement ont donné lieu  à une journée séminaire réalisée en partenariat entre l’AJS – Le Bon Emploi de la Solidarité, l’association SeDire, le réseau Egalité et lutte contre les discriminations de Dunkerque, la Direction de la Culture et des Relations internationales de la Ville de Dunkerque.

 

Deux débats étaient à l’affiche : « Mariages arrangés ou mariages forcés, quelles conséquences ? » et « Les femmes et la pauvreté dans le monde ».

 

Mariages arrangés ou mariages forcés

 

Christine Sarah-Jama (Association Voix de Femmes – Paris), Rheuria Henni (Association SeDire – Dunkerque), Hadda Zouareg (Association Safia – Solidarité aux femmes d’ici et d’ailleurs – Lille) ont ouvert cette journée en se penchant, sur les conséquences pour les femmes concernées des mariages arrangés ou forcés.

 

 Si les mariages forcés sont en recul, en France, on parle en revanche beaucoup plus de « mariages arrangés ». Cela sous-entend, à la différence du « mariage forcé », une  notion de consentement de la part des deux époux. Dans les faits, les femmes deviennent souvent victimes. C’est notamment le cas lorsque le mariage a été arrangé par les familles et que les femmes sont amenées à venir vivre en France pour y trouver un environnement limité au domicile. Il est bien souligné que les femmes maghrébines, africaines, et les familles musulmanes ne sont pas les seules concernées. Des exemples sont connus à travers le monde entier et les pays européens ne sont pas en reste.

 

Les associations se démènent pour aider ces femmes, notamment en déployant l’arsenal juridique à leur disposition. Pour être plus efficaces dans leur lutte contre ces pratiques, les intervenantes associatives ont exprimé plusieurs souhaits :

 

Davantage de moyens pour les associations,

Un travail accru sur le terrain,

Des structures d’hébergement, avec accompagnement spécifique, pour les jeunes femmes victimes d’un mariage forcé,

Moyens pour sortir les femmes concernées de la précarité dans laquelle elles sont enfermées, avec sensibilisation des services préfectoraux (on parle ici des femmes « importées »,

Hébergement et aide pour les femmes sans papier et accueil afin de leur offrir de la sécurité,

Travail de prévention dans les écoles,

Créer un délit d’empêchement au retour.

 

 

Femmes et pauvreté dans le monde

 

Le fait est connu : la pauvreté frappe, partout dans le monde, davantage les femmes que les hommes. C’est encore plus vrai lorsque ces femmes sont isolées, seules avec des enfants, cumulent des emplois précaires, des difficultés pour accéder à un logement et aux soins. Ces réalités, rappelées par un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) paru le 19 février 2013, ont été développées par Jean-Yves Jalain, directeur général de l’association d’accueil et de réinsertion sociale – AARS, à Lille.

 

Joël Lemahieu, d’ATD Quart Monde, a montré comment les idées reçues sur la pauvreté aggravent encore le sort des femmes. Il importe donc de lutter contre ces idées reçues. ATD Quart Monde vienait de publier un livre sur la question, mais dit Joël Lemahieu, l’accueil et l’écoute, le travail sur le terrain, sont les outils les plus sûrs pour lutter contre cette pauvreté et cette exclusion.

 

C’est le sens, par exemple, du travail effectué par l’Association d’accueil et de réinsertion sociale représentée par son directeur Jean-Yves Jalain et par sa responsable du Centre d’accueil d’urgence ABRI, Carine Sablon .

 

Jean-Yves Jalain pointe  du doigt la domination masculine qui fait que, d’une façon générale, « 80% des décisions sont prises par des hommes. La situation des femmes est peu prise en compte dans l’espace urbain. ». Alignant plusieurs exemples, il estime que, compte tenu de ces réalités, « il semble impossible de trouver une situation acceptable dans un avenir proche ». En clair, entre un homme pauvre et une femme pauvre, la femme pauvre est la moins bien lotie.

 

Par delà le constat, il importe donc, disent les intervenants, de casser le schéma dominant/dominée. « Il faut que les homme qui ont construit le système réfléchissent à un autre mode de relation à leurs semblables, à un partage où chacun à sa place.

 

Les réponses qui peuvent être apportées dans l’immédiat portent sur l’hébergement d’urgence et sur l’accompagnement des femmes avec enfants. C’est le travail effectué par l’Abri dont Carine Sablon affirme que la moitié des personnes accueillies est sans ressources.

 

Autres axes : il faut travailler sur la situation administrative des femmes sans papiers, sur les thématiques de la santé et de la Sécurité sociale. Il est clair que, lorsque l’hébergement fait défaut, la santé n’est pas prioritaire. Il faut donc aider les femmes à faire valoir leurs droits ; Souvent, elles ne le font pas par méconnaissance.

 

 

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Bonjour,<br /> Je figure en photo de cet article alors que je n'ai pas cessé de droits pour l'utilisation de cette image. <br /> Celle-ci a été utilisé par un site dénonçant des malversations qu'une autre personne présente sur la photo aurait commis. <br /> Je vous demande de retirer cette image et de me couper sur cette photo dans les meilleurs délais avant saisine des autorités (cnil, justice...)<br /> <br /> Bien cordialement,<br /> <br /> Christine-Sarah Jama<br /> 0619289594
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