Journée mondiale du refus de la misère
Comment sortir du gouffre ?
Rencontre débat au Studio 43, le 16 octobre
Chaque année, l’AJS Le bon Emploi de la solidarité participe à la Journée mondiale du refus de la misère. Outre une mobilisation sur le terrain, elle a propose un débat dans le cadre de son action « Parole de Femmes ».
Jeudi 16 octobre, en partenariat avec le Studio 43 et Dunkerque Littoral, l’AJS a proposé une rencontre-débat autour du film de Cyril Mennegun, « Louise Wimmer ». Pour échanger avec le public (une soixantaine de personnes dont des travailleurs sociaux, une classe scolaire, et bien-sûr, des personnes touchées par la précarité), elle a invité deux représentantes du Secours populaire français, Emilie Lafdal (secrétaire départementale) et Lucie Sweervaetgher (responsable des permanences d’accueil du SPF) et le président régional de l’association AC contre le chômage, Serge Havet. Tous trois sont en prise directe avec le chômage, la précarité, la paupérisation.
La précarité et la pauvreté, c’est le gouffre dans lequel glisse Louise Wimmer (l’actrice roubaisienne Corinne Masiero, à l’écran) après une rupture conjugale et une séparation difficile. A 50 ans, cette femme issue de la classe moyenne, dort dans le beau véhicule qu’elle a gardé et vit grâce à des ménages chez les particuliers et dans un hôtel. Misère matérielle. Misère affective. Et lutte pour, non seulement sauver les apparences, mais pour éviter de sombrer définitivement. En premier lieu, il faut trouver un logement et se battre contre une administration et des organismes censés être là pour aider les personnes en difficulté.
Au bout du compte, Louise Wimmer accèdera à son logement. Un petit appart’ en haut d’une tour. Aux antipodes avec l’ex-demeure familiale. Et si le film s’achève sur une image positive et réconfortante, rien ne dit que Louise rebondira vraiment. Peu importe. Elle s’est battu et ne s’est pas laissé glisser.
Des personnages comme Louise Wimmer, au bord du gouffre, Lucie Sweervaetgher, au SPF, en rencontre souvent. Et les réponses face à la détresse et à l’urgence ne sont ni simples, ni évidentes. Mais, ajoute Emilie Lafdal, le Secours populaire ne se place pas sur un créneau purement caritatif. La personne en difficulté doit participer à sa réinsertion. Par un petit boulot, une formation. Même chose pour les sorties culturelles. Pas de gratuité. Une participation -symbolique- est requise. C’est affaire de dignité et de responsabilisation. Sinon, c’est le fond du gouffre assuré. Celui dont on ne remonte pas.
A L’AJS, on tient le même discours. Les ateliers auxquels le public est invité à participer en témoignent. Mais ces initiatives associatives sont-elles suffisantes ? Le débat du 16 octobre s’est longuement penché sur la stigmatisation de la pauvreté (à l’heure où l’on reparle de contrôle des chômeurs, c’était la moindre des choses). Serge Havet (AC contre le chômage) est lui aussi confronté quotidiennement aux réalités de la misère. Mais il est aussi souvent sollicité par les médias. La veille de son intervention à Dunkerque, a-t-il rappelé, il a été interviewé par Bourdin et Eric Brunet, dans l’émission « Les grandes gueules » de RMC. Et il a redit, avec sa force de conviction, en quoi il est un contresens de stigmatiser les chômeurs, de considérer qu’ils profitent du système et que le RSA est un incitateur à la paresse. Car les chômeurs veulent travailler.
Problème, également longuement évoqué : les minima sociaux et le fonctionnement des aides sociales. Tous les acteurs présents en conviennent. La manière dont sont fixés les seuils ne convient pas et se heurte aux réalités.
Autre question évoquée : la complémentarité entre le monde associatif et les travailleurs sociaux, la baisse des financements publics, la réforme des collectivités locales, etc. Le débat a montré que si la volonté des principaux concernés est indispensable, elle ne suffit pas. Il faut que les personnes en situation de précarité et/ou de pauvreté (dont les très nombreux travailleurs pauvres) puissent trouver de vrais interlocuteurs, de vrais soutiens. De plus en plus, le monde associatif semble être le dernier rempart.