Débat du 17 octobre, à 15 h 00, au Cetide de Dunkerque
Précarité subie ou précarité tremplin ? Précarité quand même !
Parmi les nombreuses questions qui seront abordées ce mercredi 17 octobre, au cours du débat avec le journaliste Jacques Cotta, celle de la précarité subie contre la précarité-tremplin sera sans doute posée.
Les associations dunkerquoises qui participent à cette journée ont en effet souhaité décliner le thème du refus de la misère de la manière la plus constructive possible. Les différentes interventions, de 11 h 00 à 16 h 30, proposeront de porter un éclairage particulier sur le rôle de l’insertion. « L’insertion, un monde en action » : tel est le titre choisi.
Il s’agira donc de démontrer que l’insertion, par l’emploi et par l’action, peut être une réponse à la précarité. Ainsi, si un stage ou un emploi d’insertion est par définition précaire, il peut normalement –il doit en principe- offrir une porte de sortie vers un emploi pérenne.
L’exemple du chantier de construction du futur terminal méthanier de Dunkerque sera évoqué. Le groupe Bouygues propose en effet des contrats de professionnalisation avec la possibilité de basculer vers des contrats à durée indéterminée, les fameux CDI qui font tant défaut dans les recrutements aujourd’hui.
« Tout vaut mieux que le statut de non-emploi et le chômage de longue durée », résume Martial Blanckaert, d’ « Entreprendre Ensemble ». Dans un parcours d’insertion, « il faut éviter les ruptures d’étape », ajoute-t-il.
Les femmes et les enfants d’abord
Si l’insertion peut apporter des solutions concrètes, c’est une bonne nouvelle. Ne crachons pas non plus sur les « emplois d’avenir » que lance le gouvernement à destination des jeunes. Même si l’on peut soupçonner ce type de dispositif d’apparaître d’abord comme le « sparadrap d’un marché du travail où la rémunération et le CDI ne sont plus la norme » comme l’écrit l’association « Génération-Précaire ».
Dans cet univers de précarité, on le sait, les femmes sont surexposées. De la précarité à la pauvreté, il n’y a souvent qu’un pas. Dans son livre, « Un CDD sinon rien », Jacques Cotta consacre un chapitre aux femmes et aux jeunes. « Les femmes et les enfants d’abord », ironise-t-il d’un clin d’œil malicieux.
On y fait par exemple connaissance avec « Cécilia, 23 ans, (…) déjà pro de l’intérim, préparatrice de commande un jour, hôtesse d’accueil un autre, assistante de service un troisième, contrôleuse de contrats ou de devis un quatrième. Ou Garibe, âgé de 25 ans, sourire à la fois moqueur et étonné lorsque j’évoque la possibilité d’un contrat à plein temps. (…) Pour cette génération qui constitue les nouveaux bataillons de la main –d’œuvre corvéable à merci, nul besoin de casser un statut. C’est celui de la précarité totale, de la soumission au bon vouloir d’un employeur qui fait la loi, qui embauche et débauche quand bon lui semble, qui envoie ses rapports à la « boîte d’intérim, intermédiaire incontournable pour tout intérimaire qui aura tantôt la chance de se voir proposer une mission, tantôt la détresse de connaître l’inactivité et l’absence de revenus pour assurer le quotidien. »
Des millions de travailleurs pauvres
Pour de nombreuses catégories de personnes, la titularisation est un objectif trop lointain, trop improbable pour y croire encore. Ils rejoignent ce « bataillon invisible », comme écrivait Jacques Cotta en 2006, celui des « travailleurs pauvres. A l’époque, ils étaient 7 millions. Un ministre lui avait glissé : « Des pauvres, oui, mais des travailleurs pauvres, non ! ou alors, il faut cesser d’en comptabiliser tant de millions. »
« Les pauvres ne gênent pas, ils provoquent la compassion (…), observe Jacques Cotta. Mais parler de « travailleurs pauvres » déplace le problème sur le système capitaliste qui crée cette pauvreté, sur les rapports sociaux qui en portent globalement la responsabilité. »
A l’heure où le nombre de demandeurs d’emplois atteint les trois millions de personnes, où ce sont les plus pauvres qui payent la crise et où 8,2 millions de personnes vivent en France avec des revenus inférieurs à 60% du salaire médian, soit moins de 964 euros par mois, la question demeure avec insistance : la précarité mène directement vers la pauvreté. Le travail des structures d’insertion n’en est que plus précieux.
Rendez-vous le 17 octobre, à 15 h 00, au Cetide, pour en débattre.