Jacques Cotta, invité de l’AJS

Publié le par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE

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  « La précarité, ce n’est pas de la modernité ! »

 

 

Avoir un emploi durable, avec une rémunération régulière, sans se demander ce que l’on  va devenir dans une semaine, dans un  mois, dans quelques mois, lorsque le CDD aura pris fin. C’est sur cette question fondamentale, le droit de gagner sa vie pour avoir la possibilité de vivre librement et dignement, que le journaliste Jacques Cotta a insisté, mercredi 17 octobre. C’était à l’occasion du débat organisé par l’AJS au Cetide de Dunkerque, dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère.

 

 

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Si la salle était comble, et très à l’écoute des propos du journaliste, il a fallu être très incitatif pour faire participer le public. Mais les questions et les témoignages ont fini par éclater et se multiplier. Parce que le fossé entre le monde du travail et celles et ceux qui, précarisés à outrance, est tellement profond qu’il faut du temps pour prendre la parole.

 

Jacques Cotta ne s’y trompe pas. Son travail de journaliste-documentariste à France 2 et son travail de journaliste investigateur lorsqu’il écrit des livres le conduisent à passer beaucoup de temps avec les gens. Pour les écouter, les comprendre et faire comprendre ce qu’ils ont à dire. Les « précaires », comme on  les appelle, ont précisément beaucoup à dire. Mais ils se sentent complètement impuissants. Peut-être est-ce pour cela, et par pudeur, qu’on  les entend si peu, et qu’ils ne se révoltent finalement pas face à leur situation. 

 

Quel reste pour vivre ?

 

Ce mercredi 17 octobre, le public a-t-il été convaincu lorsqu’un représentant d’un  organisme d’insertion a rappelé les efforts déployés par le maire de Dunkerque et les chantiers d’insertion pour que le chantier du terminal méthanier profite aux allocataires du RSA ? A-t-il convaincu lorsqu’il rappelle que les CDD peuvent, moyennant un « effort de mobilité », se transformer en emploi durable, après la fin du chantier ?

 

On sent bien, dans la salle, que les gens sont largués. Pour eux, ce qui compte c’est maintenant. C’est le « reste à vivre », ou le « reste pour vivre » qui importe. Pour eux, les contrats aidés sont une bénédiction. « Sans cela, qu’est-ce que je ferais ? » interroge une personne. « Moi, j’ai eu la chance de trouver un contrat aidé dans une association. Et ce contrat à durée déterminée au départ s’est transformé en CDI. » se félicite une autre, tout en ayant conscience que tous les CDD ne se transforment pas en contrats pérennes.

 

La précarité comme tremplin ?

 

Jacques Cotta est bien  d’ accord et reconnaît volontiers le rôle essentiel que jouent les associations et les entreprises d’insertion. Mais la précarité comme tremplin n’est pas une règle. Au contraire, la précarité a des effets très pervers. Ainsi, ce témoignage d’une jeune femme embauchée en CAE pour un travail de spécialiste dans le domaine paramédical. On lui demande des compétences importantes pour une rémunération dérisoire et prise en charge, pour partie, par l’Etat. Pour elle, ce travail est essentiel et elle s’accroche. C’est normal. Mais en même temps, souligne Jacques Cotta, « on vous demande de faire un travail de spécialiste parce que l’on ne veut pas embaucher un vrai spécialiste qui coûterait plus cher ! »

 

Des questions sont également posées par des étudiantes. Elles se demandent à quoi bon poursuivre des études si c’est pour déboucher dans un monde de précarité. Déjà, elles savent à quoi s’attendre : une succession de CDD, voire de petits boulots qui n’auront sans doute rien à voir avec leur formation. « C’est vrai, répond le journaliste. Mais dans ce monde de précaires, mieux vaut être le mieux armé possible. Ne renoncez surtout pas à vos études, à vos diplômes ! »

 

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La journée d’un allocataire du RSA

 

Lors cet échange, on n’a pas entendu de propos misérabilistes. Ce n’était pas le but. On a bien compris que le travail accompli par les structures d’insertion est indispensable. Mais cela n’a pas empêché de rappeler que les salariés des associations sont eux même souvent précaires. De même que la répartition des financements publics, pour les contrats d’insertion, pose de grands problèmes en fonction des territoires.

 

Enfin, une bénévole d’ATD quart-monde, répondant à une question de Jacques Cotta, a expliqué le plus simplement du monde comment se déroule la journée d’un allocataire du RSA. Ses propos, édifiants, rejoignaient ceux tenus, le matin même dans les colonnes de la Voix du Nord par cet homme de 48 ans, père de cinq enfants, qui vient de trouver son premier CDI. « Il n’y a pas si longtemps, se souvient-il, avec le RSA, on vivait jusqu'au vingt du mois. Aujourd’hui, on est démuni à partir du dix… Et encore : le régime, c’est pâtes, jambon, œufs et c’est tout. »

 

Terriblement édifiant. Une fois refermé, le piège de la précarité envoie les gens vers la pauvreté. Le chemin pour s’en sortir est alors long et difficile. Parfois inaccessible. Jacques Cotta de manque pas de rappeler les propos de Laurence Parisot, la responsable du Mouvement des entreprises de France (Medef). « Elle présente la précarité comme un signe de modernité et de liberté. Même l’amour est précaire, souligne la patronne des patrons. Alors, pourquoi pas le travail ? Hé bien non, la précarité n’est ni de la modernité, ni de la liberté. Au contraire ! »

 

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Publié dans Débats

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