Mercredi 10 juin 2009

L'AJS - Le bon emploi de la solidarité a proposé un débat public, mardi 2 juin, à la Maison de la vie associative de Dunkerque. A quelques jours des élections au Parlement européen, "Parole de femmes" s'est intéressée à l'implication politique des femmes au sein et dans le cadre de l'Union européenne.

Cinq intervenants étaient invités : Brigitte Douay, députée européenne sortante (groupe socialiste), Martine Beuraert (candidate dans la circonscription du Nord-Ouest pour le Mouvement démocrate - liste "Démocrates pour l'Europe"), Véronique Parent (présidente de la délégation régionale de l'association "Femmes 3000"), Régis Verley (journaliste européen, vice-président du Club de la presse Nord - Pas de Calais).

Un engagement indispensable

En France, les listes qui se sont présentées au scrutin européen, le 7 juin, ont respecté la parité "un homme - une femme". Ce n'est pas le cas partout en europe. Dans la circonscription Nord - Ouest (Nord, Pas-de-Calais, Picardie, Haute-Normandie et Basse-Normandie), sept listes sur un total de dix-huit étaient conduites par une femme.

Les avancées sont réelles, mais elles sont lentes. "La commission européenne travaille beaucoup pour l'égalité des genres", a rappelé Brigitte Douay. Cet engagement se traduit notamment par une "Feuille de route" pour l'égalité entre les hommes et les femmes
. Cette feuille route est arrivée à mi-parcours en 2008.

Dans le rapport qu'elle vient de rendre au Conseil et au Parlement européen (L'égalité entre les hommes et les femmes - 2009),  la commission européenne décrit les principales évolutions depuis 1997 dans l'Union européenne. On y lit notamment que le taux d'emploi des femmes dans l'Union européenne est passé de 51,1% en 1997 à 58,3% en 2007. Ce taux "avoisine maintenant l'objectif de Lisbonne, à savoir 60% en 2010", souligne le rapport. Mais il précise qu'il "existe toutefois de grandes disparités entre les Etats membres, les taux variant entre 36,9% et 73,2%.

Par ailleurs, 31,2% des salariées travaillent à temps partiel, un choix qui s'explique souvent par le partage inégal des responsabilités domestiques et familiales. Enfin, la ségrégation  professionnelle et sectorielle est restée inchangée. Ainsi, "les femmes travaillent principalement dans des secteurs et des professiones "féminisées" et demeurent dans des catégories d'emploi subalternes, avec un accès limité aux postes d'encadrement."

Voilà au moins une raison essentielle pour que "les femmes s'engagent", plaide Véronique Parent. co-présidente de la délégation régionale de la fédération "Femmes 3000", elle oeuvre pour que les femmes sortent de leur isolement. Même si les obstacles sont nombreux. Notamment en raison de ces "responsabilités domestiques et familiales". Un argument qui a fait bondir dans l'assistance, lors du débat du 2 juin. "Nous faisons tout pour nous en sortir. Il est vraiment dommage que vous nous rappeliez que nous sommes contraintes par nos obligations familiales !" a lancé une participante.

Dans le domaine de la représentation  politique, de gros efforts sont encore à faire par les Etats membres. Le nombre de femmes élues dans les parlements nationaux demeure souvent très faible. Même chose pour les femmes ministres. La France, même si elle évoluée ces dernières années, est loin d'avoir une place enviable. Selon une étude de la fondation Robert Shuman, en 2005 l'Assemblée nationale française ne comptait que 13% de femmes (17% aujourd'hui). Loin de la moyenne dans les 27 Etats membres : 20,65%. Très loin derrière la Suède (52%), le Danemark et la Finlande (38%), les Pays-Bas (36,6%) ou la Belgique (65%).  



La Suède, championne toutes catégories

Comme l'écrit l'historienne Michèle Perrot, dans un article publié en 2004, "l'Europe se distingue dans le monde par l'importance qu'elle accorde au principe de l'égalité entre les sexes".
Académie des sciences morales et politiques. En matière de politique, précise-t-elle, "Il existe de grands écarts pour la représentation des femmes en Europe. La Suède est championne toutes catégories avec 42 % de femmes au parlement, le Danemark, les Pays-Bas, la Finlande et l’Allemagne dépassant 30%. Au bas de l’échelle : le Portugal (13 %), l’Italie (12 %), la France (10,6 %) et la Grèce. Derniers pays à accorder le droit de vote aux femmes, ces deux pays conservent leur rang de lanterne-rouge quant à leur représentation : curieuse situation pour ces terres-mères de la démocratie. L’accès à la démocratie locale reproduit à peu près les mêmes écarts : les femmes sont 41 % dans les conseils municipaux en Suède, 21 % en France et 3,6 % en Grèce." (in L'Europe et les femmes - 2004).


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L’Europe dans la presse :
Désamour, diversion, espoir

 

Samedi 23 mai, les quotidiens « La Voix du Nord » et « Nord Eclair » donnaient les dix-huit listes déposées pour les élections européennes du 7 juin, dans la grande circonscription du Nord-Ouest. Le dépôt de ces listes s’étaient en effet achevé la veille au soir, 24 mai. Au total, il y a donc bien 161 listes en France (contre 168 en 2004). Dans notre région, comme partout en France, la parité est respectée ; dix hommes et dix femmes par liste. Sur les 18 listes, sept seront conduites par une femme.

 

Ces listes ont été validées le lundi suivant par le ministère de l’Intérieur. Sur le site www.interieur.gouv.fr, on peut trouver l’ordre exact de dépôt et, surtout, les noms précis avec la tête de liste et l’ensemble des 20 candidats par liste. Pour notre circonscription, les grandes formations sont au rendez-vous de ce scrutin : Majorité présidentielle derrière Dominique Riquet, PS derrière Gilles Pargneaux, Modem, derrière Corinne Lepage, extrême droite en ordre dispersé avec Marine Le Pen d’un côté et Carl Lang de l’autre, le Front de gauche conduit par Jacky Hénin et « élargit ses lignes en direction du parti de gauche de Marc Dolez », précisait « La Voix », Les Verts, LO, le Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot, sans oublier « Debout la République » de Dupont Aignan ou encore la liste Nihous et De Villiers dans laquelle on retrouve Chasse-Pêche-Nature et Tradition…

 

Efficacité, légitimité, identité : les doutes !

 

Les listes ont donc été officialisées lundi 25 mai, jour du lancement de la campagne officielle. Mais durant la semaine qui vient de s’écouler, les craintes d’un  très fort taux d’abstention ne se sont pas atténuées. La lecture de la presse de ce week-end est édifiante. A commencer par « Le Monde » daté 31 mai et 1er juin : Il publie un entretien avec Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères,  et un article de Dominique de Villepin. Ce dernier, rapporte « le Monde », « juge que la campagne européenne (…) « n’est pas à la hauteur des enjeux ». Ceux-ci sont  liés, écrit-il, à la crise la plus grave que l’Union européenne (UE) ait jamais traversée : les Européens  doutent de son « efficacité », de sa « légitimité » et de son « identité ». Hubert Védrine ne dit pas autre chose quand il observe une « fatigue de l’Europe » qu’il attribue à « des constructions trop théoriques, trop techniques ou trop lyriques ».  Mais surtout, l’ancien ministre des Affaires étrangères « commente l’étonnante incapacité de la gauche social-démocrate européenne à tirer profit –politiquement et électoralement- d’une crise qui est celle d’un modèle promu par une droite libérale contemptrice du rôle de l’Etat.

 

« Comment sauver la campagne ? »  demandent Claude Askolovitch et Olivier Jay dans le Journal du Dimanche de ce samedi 31 mai. Si le Parlement n’a jamais été aussi important, conviennent-ils, « rien n’y fait. L’abstention menace, la campagne s’étiole. L’Europe un enjeu ? Sans doute. Mais on continue de résumer cet enjeu au ballet des chefs d’Etat et de gouvernement, à leurs rapports de force, à leurs négociations ». Dans sa seconde édition, dimanche, le JDD a publié un texte commun de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. On peut s’interroger sur cette « initiative franco-allemande et ses effets sur le débat européen, dans la  démocratique médiatique, ce texte commun a plus de poids que tous les votes des eurodéputés ». Non, rien n’y fait : une étude TNS Sofres/Logica effectuée pour « le Monde »,  France 2, France 3 et France inter prévoit que « le taux d’abstention pourrait varier de 52% à 60% » pour l’ensemble de la France. En 2004, le taux de participation dans le Nord-Ouest n’était que de 41%.
 

Nouveau projet absent

 

Dans la Voix du Nord de dimanche (31 mai), Michel Bretonnier ne s’étonne pas de ce « désamour entre l’Europe et ses peuples ». « Cette Europe, accuse-t-il, a pris la drôle d’habitude de faire fuir les électeurs lorsqu’elle présente son parlement à leurs suffrages et de les mobiliser lors des référendums, mais contre elle ».Pour le rédacteur en chef de La Voix, l’Europe est « dans un coma dépassé » parce  qu’ « elle n’a pas su dessiner un nouveau projet quand la paix est devenue naturelle entre pays européens, que le Mur est tombé et la prospérité s’est installée ».

 

Dans le JDD de samedi, Simone Veil explique pourquoi il faut voter.  Celle qui fut la première présidente du Parlement européen (de mai 1998 à mars 2001) regrette que, contrairement à cette époque, « le Parlement travaille sur le fond et a du pouvoir, mais il n’attire plus le regard ». Et elle accuse la presse. « « Vous êtes responsables, les médias, qui ne rendez pas assez compte de l’activité de ce Parlement ». Responsable aussi, « les politiques qui ne le valorisons pas assez » ajoute-t-elle.

 

Ne tirez pas sur les médias !

 

Cette mise en cause des médias, Patrick Pépin ne veut pas l’entendre. L’éditorialiste de « Nord Eclair » s’emporte, dans Nord Eclair de samedi 30 mai ; « la sempiternelle remarque, insupportable à la longue, des médias qui ne feraient pas leur travail ». Et il rappelle que son journal a traité le sujet abondamment pendant toute la campagne  et tout au long de l’année ». Patrick Pépin invite plutôt à regarder vers les thèmes qui ont fait diversion dans la campagne : « la question du travail du dimanche qu’on remet sur la table », le retour tant attendu du débat sur la sécurité, une proposition de loi permettant aux malades de travailler à domicile… « Pour mettre le feu au lac, il n’y avait pas mieux », juge-t-il.

 

La faute aux Etats membres…

 

Dans Nord Eclair de ce lundi 1er juin, Gérard Onesta, vice-président sortant du Parlement veut appeler un chat un chat : Pour lui, ce sont les pays membres eux-mêmes qui ne pensent pas assez européen. « On ne remonte pas en quinze jours un handicap d’indifférence totale, générée par les dirigeants des Etats, et la France en premier lieu. »

 

Samedi 30 mai, l’Humanité a publié un appel du « Front de gauche », l’ »Appel du 29 mai » pour redonner la parole au peuple. L’Huma aussi craint un taux record d’abstention et trouve que la campagne a été très peu relayée par les grands médias » Pourquoi le 29 mai ? Parce que c’est la date anniversaire du référendum sur le traité constitutionnel, le 29 mai 2005, quand « les Français avaient dit non à l’Europe libérale », lit-on  dans le texte. Objectif recherché par cet appel : « qu’il soit mis fin au service minimum électoral et que soit décrétée la mobilisation maximum de tous les moyens de débat public ».

 

Voix de l’espoir

 

Chez nous, « Liberté Hebdo » du 29 mai titre sur « les voix de l’espoir ». Il note que les « Français qui résistent font entendre une voix effrontément différente de celles qui invitent à la résignation ou à la division. Une voix qui devra se multiplier le 7 juin dans les urnes ». Dans son éditorial, Bruno Cadez évoque aussi cette Fran ce qui « résiste aux injustices » et qui s’était donné rendez-vous, jeudi dernier, à proximité de l’Assemblée nationale. Il veut parler des « hommes et des femmes de Caterpillar, de continental, d’Arcelor, etc. et des parlementaires du Parti communiste et du Parti de gauche qui défendent trois projets de loi pour combattre la crise.

 

Et l’Europe sociale ?

 

Et Bruno Cadez se prend à rêver : « si ces projets de loi étaient votés, songe-t-il, les licenciements boursiers seraient interdits, le Smic passerait à 1600 euros brut, les salariés auraient, face au patron, de véritables pouvoirs dans l’entreprise, les franchises médicales et le bouclier fiscal seraient supprimés, la directive Bolkestein n’aurait aucune chance d’être appliquée en France. » Et de conclure que « d’autres choix solidaires et écologiques sont possibles en France et en Europe. Le 7 juin, il faudra s’en souvenir », dit-il.

 

Ce pourrait (presque) être un lecteur de « Liberté hebdo » qui écrit dans le courrier des lecteurs de La « Voix du Nord » de lundi : Si les « peuples européens ne seront pas nombreux à aller voter, c’st qu’ils sont déçus par l’Europe actuelle ! (…) Au lieu de n’être qu’une « union monétaire, financière juridique et technocratique qui n’a su que réglementer et n’a même pas vu arriver la crise (…) il aurait fallu commencer par le début, c’est-à-dire une véritable Europe politique et sociale  en organisant une harmonisation progressive des salaires et des charges ainsi que des mesures sociales, des horaires, des congés payés et de formation ». Pour lui, cela reste possible mais…  « Que de temps perdu ! » regrette-t-il.


 

 

 

Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE
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Lundi 1 octobre 2007

 

gembloux3.jpg Les oubliés de l'Histoire
Sam Touzani et Ben Hamidou



Après notre débat sur la mémoire collective, le 7 septembre à Dunkerque, nous vous proposons une suite, vendredi 16 novembre avec le film-reportage de la chaîne belge "la Deux",  "La bataille de Gembloux, de la réalité à la fiction".  

En 1940, 2000 tirailleurs marocains étaient venus se battre, pour l'armée française, contre l'invasion  nazie. la plupart ont été tués à Gembloux, en Belgique.

 Ben Hamidou, Sam Touzani, Nacer Nafti et Gennaro Pitisci ont écrit une pièce de théâtre pour faire revivre la mémoire de ces tirailleurs.  Le film montre de larges extraits de la pièce, entrecoupés de témoignages d'anciens tirailleurs et des commentaires de Ben Hamidou et  Sam Touzani, interprêtes de la pièce..







 

 

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Lundi 10 septembre 2007

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De gauche à droite et du haut en bas : 
1 - Une partie de l'assistance, salle Jean-Bart.
2 - Francine Auger-Rey, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois, Brigitte Mounier, metteuse en scène de la Compagnie des Mers du Nord, Sabrina Kassa, journaliste.
3 - Alcide Carton, inspecteur honoraire de l'Education Nationale, répond aux questions encore nombreuses à l'issue du débat.
4 - Echange entre Nathalie Mercier et Aïssa Zemouri.

(photos AJS)

Une mémoire vive et diverse


Sous le titre "Quelle mémoire pour devenir", le débat public organisé par l'AJS vendredi soir, 7 septembre, à la mairie de Dunkerque, a suscité des  échanges riches avec le public. Très applaudi, le film "Enquête d'avenir"* de Jean-Michel Vennemani, a présenté une démarche originale auprès d'adolescents du lycée professionnel Auguste Béhal, à Lens. Une démarche expliquée par Alcide Carton, inspecteur honoraire de l'Education nationale, qui a encadré ces jeunes dans le cadre d'un atelier citoyen. On  y parle identité ("rien à voir avec l'identité nationale !" prévient M Carton), mémoire, égalité des droits, diversité culturelle, liberté et solidarité.

Après la projection,  les intervenants ont réagi  avec beaucoup d'enthousiasme et se sont notamment arrêtés sur les propos et sur l'évolution de Bachir, l'un des adolescents suivis par la caméra de Vennemani. "Pourquoi on ne nous aime pas ?" demande-t-il dès le début du film. Affirmant vouloir devenir policier, comme son grand frère, il change d'avis à la fin de l'année scolaire. Au grand dam de la conseillère principale d'orientation de son lycée qui ne comprend pas. "Justement !" s'est exclamée d'entrée de jeu Brigitte Mounier. La metteuse en scène de la Compagnie des Mers du Nord a pointé du doigt une réalité que l'on a trop tendance à se cacher : par définition, les jeunes se construisent. Pourquoi vouloir les faire entrer dans des moules ou dans des formats prédéfinis par les adultes. "
Bachir a changé d'avis. Il ne veut plus faire comme son frère. Il veut être lui-même. Comment peut-on le lui reprocher ?"

"Les problèmes d'identité,
dira pour sa part la journaliste Sabrina Kassa, sont des problème que se posent surtout les adultes. Ils font des projections sur les jeunes." Et le travail de mémoire dans tout cela ? Précisément, chacun des intervenants s'est accordé pour dire qu'il est un outil de lutte contre la discrimination. Même si l'on n'y avait pas forcément pensé d'emblée, reconnaissent-ils. 

Qu'il s'agisse de la pièce "Sainte-Saga"**, mise en scène par Brigitte Mounier, du livre "Nos ancêtres le Chibanis !" de Sabrina Kassa, du travail réalisé en Sambre-Avesnois par la radio de Francine Auger-Rey, ou du film de Jean-Michel Vennemani, le constat est finalement le même. En faisant mieux connaître son passé, ses origines et son parcours, on donne des clés indispensables pour que la  jeunesse puisse mieux se construire et mieux aborder son devenir sans, poujr autant, porter le poids du passé.

Durant le débat, un texte extrait de "Mémoire de maîtres, paroles d'élèves", édité par Radio France, a été lu avec beaucoup de talent et de sensibilité par Nathalie Mercier, professeur de collège. Il a débouché sur un échange, lui aussi très riche, sur  l'alphabétisation des travailleurs immigrés. Avec ses côtés positifs. Mais aussi avec son aspect plus sombre du rapport dominant-dominé.

Nous reviendrons par la suite sur un compte rendu détaillé de ce débat. En attendant, n'hésitez pas à nous faire part de vos réactions.

 

* Le film "Enquête d'identité" sera diffusé par France 3 National le 24 septembre. 

** Prochaine représentation de Synthe Saga, par la Compagnie des Mers du Nord  : Samedi 13 octobre, à 20h30, au Palais du Littoral de Grande-Synthe.
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Jeudi 6 septembre 2007
Marie Cegarra et "la mémoire confisquée" 
des mineurs marocains

Cegarra-002.jpg Maître de conférences à l’Université de Lille 3 – Charles-de-Gaulle, l’ethnologue Marie Cegarra a beaucoup travaillé sur les pratiques culturelles de l’identité. En 1999, elle a publié un livre sur l’histoire des mineurs marocains dans le Nord : " La mémoire confisquée – les mineurs marocains dans le Nord de la France ". Il est notamment évoqué dans un article paru en novembre 2000 dans le Monde Diplomatique : " Mora, le négrier ". http://www.monde-diplomatique.fr/2000/11/CEGARRA/14481. Pour contribuer au débat organisé par l’AJS dans le cadre de " Parole de Femmes ", ce vendredi 7 septembre à la mairie de Dunkerque, elle revient sur les enjeux de cette mémoire.

 Le livre que vous avez consacré aux mineurs marocains, dans le Nord de la France, s’intitule " La mémoire confisquée ". Pourquoi considérez-vous que cette mémoire est confisquée ? 

Marie Cegarra
 : Je vais d’abord vous raconter une anecdote. Lorsque j’ai présenté ce livre au Centre historique minier de Lewarde, un mineur marocain s’est montré particulièrement intéressé. L’immigration et la mine, c’était toute sa vie. Mais à la parution du livre, il a considéré, avec beaucoup de frustration, que c’est moi-même qui lui avais volé sa mémoire ! Par la suite, il m’a suivie partout, dans les endroits où je présentais mon livre. Et à chaque fois, il répétait la même chose : " Madame Cegarra nous a confisqué notre propre mémoire ! ". Evidemment, ce n’était pas le but que j’avais recherché. En fait, dans mon livre, je raconte l’histoire d’une rupture que les mineurs, une fois arrivés en France, ont été obligés de gérer. Pour s’intégrer et travailler, ils ont du oublier, dans un premier temps, leur mémoire individuelle.

Vous voulez dire qu’ils ont gardé leur passé pour eux ?

M. C. Oui. Ils n’avaient pas le choix. Venus pour des raisons économiques, ils ont fait l’impasse sur eux-mêmes. Par la suite, ils n’ont pas raconté à leurs enfants les conditions de leur départ du pays d’origine, ni les conditions auxquelles ils ont été confrontés en France. Ils voulaient éviter de parler de leur affectif. Dans le film de Jean-Michel Vennemani, que vous présentez ce vendredi soir, les enfants sont invités à reconstituer leur arbre généalogique. C’est en effet une démarche essentielle. Elle est très importante.

Vous évoquez la mémoire individuelle de ces mineurs. Mais il y a aussi la mémoire collective.

M. C. Ce qui reste, quand ils oblitèrent leur mémoire individuelle, c’est la mémoire communautaire. Je veux parler de la religion, des prescriptions alimentaires, de l’honneur de la fille, etc. C’est cela qui va structurer la famille quand elle rejoint les maris installés en France. Quant à la mémoire individuelle occultée, elle va revenir en situation de frustration, c’est-à-dire en situation de crise. Lorsqu’il a été question de crise économique et de retour au pays pour les mineurs immigrés, ces derniers ont relié avec leur mémoire. Mais c’était pour mesurer leur trajectoire qui s’achève alors sur un échec. Peu de mineurs marocains ont réussi en France. L’ascenseur social a fait place à l’échec de l’immigration.

Nous avons intitulé notre débat en empruntant au film de Vennemani : " Une mémoire pour devenir ". Pour les générations actuelles, le travail de mémoire vous semble fondamental ?

M. C. : La mémoire est en effet fondamentale pour le devenir. Cela étant, on en parle depuis une trentaine d’années. Pour ma part, je préfère dire " les " mémoires, au lieu de " la " mémoire. Je crois en effet qu’il faut décortiquer plusieurs types de mémoire. Dans une première étape, on a commencé à travailler sur la mémoire d’une France agricole qui disparaissait. Puis, à partir des années 80, est venu le temps de ce que j’appelle la " patrimonalisation ". C’est l’époque du développement des musées, écomusées, instruments consacrés à la mémoire, etc. C’est le besoin d’un retour à des traditions culturelles. Il y a eu aussi du travail de mémoire lié au lien social, dans les villes.

Aujourd’hui, on assiste à un travail de mémoire politisée. On revient sur l’Histoire. L’exemple le plus parlant est la colonisation de l’Algérie. Plus précisément, on s’intéresse aux questions liées à la colonisation de l’Afrique et des pays du Maghreb. Du coup, les choses sont très complexifiées.

Quoi qu’il en soit, la transmission de la mémoire est d’autant intéressante qu’en général, on a plutôt tendance à se baser sur l’ignorance et sur l’émotion.

Comment la transmission de la mémoire se réalise-t-elle ?

M. C. : Cela ne se fait pas de façon unilatérale. Il y a des choses que l’on va garder parce que c’est important pour la culture. Mais on ne garde pas l’ensemble. On cristallise sur certains points. On se dirige vers l’avenir avec les restes d’un passé que l’on aura sélectionnés. 


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Mardi 4 septembre 2007
Sans-titre.JPG Francine Auger-Rey

Francine Auger-Rey sera l’une des intervenantes de notre débat consacré à la mémoire collective, ce vendredi 7 septembre, à la mairie de Dunkerque. Directrice de Radio Canal Sambre Avesnois, à Aulnoye Aymeries, elle a initié, dans les années 90, une important projet radiophonique sur la mémoire ouvrière et populaire. Elle nous racontera l’intérêt de ce travail de mémoire pour des habitants touchés de plein fouet par la désindustrialisation.

La crise qui a touché le Val de Sambre dans les années 80-90 a fortement contribué à détruire le lien social. " A l’époque, se souvient Francine Auger-Rey, les personnes victimes du chômage étaient cantonnées chez elles. Chacun était cantonné dans son quartier. Le déplacement entre le domicile et le lieu de travail n’existait plus. "

Partant de ce constat, en s'inscrivant dans le cadre de la politique de la ville, Francine Auger-Rey a décidé de mettre la radio au service de ce public. Ce travail sur la mémoire orale industrielle est devenu un formidable "outil pour recréer du lien entre ces personnes et l'ensemble du public", assure-t-elle. "Nous avons voulu faire parler le père par rapport à l'enfant, l'immigré par rapport au non immigré, le cadre par rapport à l'ouvrier... La démarche n'était pas sélective, au contraire. Il fallait que chacun parle à tout le monde." 

A travers la parole, la radio a permis de ramener un public marginalisé dans l''espace public. Radio Canal Sambre Avesnois a lancé sa démarche avec les femmes vivant dans les quartiers. "
Dans certains quartiers, nous avons mis en oeuvre un travail culturel pointu. Nous avons réactivé le potentiel culturel inconscient des femmes afin qu'elles le transforment en valeur d'échange. Nous y avons apporté une dimension publique à travers des expositions et à travers de la production radiophonique".

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Vendredi 3 août 2007
Livre-Chibanis-006.jpg Aissa-Zemmouri.JPG

 Le travail et le rôle de la mémoire collective sera le thème du prochain débat public de l'AJS, dans le cadre "Parole de Femmes". Ce débat se déroulera vendredi 7 septembre, à 18h30, à la salle Jean-Bart de la mairie de Dunkerque.  Il réunira Alcide Carton, inspecteur honoraire de l'Education nationale, Francine Auger-Rey, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois, Sabrina Kassa, journaliste et auteure de "Nos ancêtres les chibanis", Brigitte Mounier, metteuse en scène à la Compagnie des mers du Nord. La soirée débutera par la projection du  film "Enquête d'identité" de Jean-Michel Vennemani.
Photo de gauche : Aïssa Zemouri : 
une mémoire aussi riche qu'inépuisable


L'œuf d'Aïssa

Aujourd’hui, on connaît M. Zemouri pour son implication au sein de l’association " Graines de Culture " qu’il a créée à Grande-Synthe il y a une dizaine d’années. Peu sans doute, connaissent son parcours, depuis son enfance en Algérie.

Conteur passionné et passionnant, loin des partis pris, il ne manque pas une occasion de puiser dans ses souvenirs. A travers son histoire, et celle de sa famille, on gagne à découvrir une expérience riche d’enseignements. Les conditions de son arrivée en France, les premières difficultés d’intégration, le regroupement familial, les premiers emplois sur le port de Dunkerque, son embauche aux Chantiers navals, le mouvement et la grande grève de mai 1968, son entrée à Usinor, les discriminations raciales, le syndicalisme, etc. C’est tout un pan de notre histoire commune dont il est l’un des nombreux acteurs.

Cette histoire est contée dans la pièce " Synthe Saga ", mise en scène par Brigitte Mounier, de la Compagnie des mers du Nord. Elle nous en parlera lors du débat du 7 septembre. La journaliste Sabrina Kassa lui a consacré un chapitre dans son livre " Nos ancêtres les chibanis ! ", publié en 2006 par les éditions " Autrement ". Elle aussi viendra nous expliquer en quoi il est important de travailler notre mémoire collective.

" Nos enfants doivent savoir ", assure Aïssa Zemouri. Si vous lui parlez de sa propre enfance, dans le village de Hamda, en Petite Kabylie, il vous contera à coup sûr comment un œuf a décidé, en partie, de son destin. C’était un soir d’hiver. A l’époque, dans les années 40, il fréquentait l’école des Pères blancs. Mais il n’a pas eu le temps d’y apprendre correctement à lire et à écrire le français. " Je rentrais de l’école. Il faisait déjà nuit et pour regagner mon village, il fallait traverser une forêt. Mes camarades couraient. Alors, pour ne pas me laisser distancer, j’ai retiré mes chaussures, qui étaient trop grandes et qui me gênaient, je les ai attachées par le lacet et je les ai portées sur l’épaule ".

Mais dans sa course, l’enfant ne s’est pas aperçu que l’une de ses chaussures avait glissé. L’un de ses copains l’a ramassée discrètement. Le lendemain, il est allé la négocier chez la mère d’Aïssa. " Je vous rends la chaussure si vous me donnez un œuf " lui a-t-il malicieusement proposé. La famille n’était pas riche. Pour la maman, l’œuf représentait beaucoup. Pourtant, elle l'a troqué contre la chaussure. Et elle a décidé qu’Aïssa n’irait plus chez les Pères ! L’enfant est allé à l’école coranique, pour la seule raison que celle-ci se trouvait au sein du village. Ainsi, il ne risquerait plus de perdre ses chaussures, ou autre chose, en traversant la forêt !

" Pour ma mère, l’école coranique ou celle des Pères blancs, c’était du pareil au même".

Sauf que le village était tellement pauvre que les cours étaient très irréguliers. Les maîtres d’école changeaient souvent et venaient peu. Cela n’a pourtant pas empêché l’un d’eux de réveiller la conscience du jeune Aïssa. " Il ne nous apprenait pas que des sourates du Coran, se souvient-il. Il nous a ouvert les yeux sur les réalités du colonialisme français, il nous a expliqué les massacres de Sétif. Il nous a aussi appris des chants révolutionnaires. "

Comme l’écrit Sabrina Kassa, le jeune Aïssa ne comprenait pas tout. Mais il a au moins capté l’essentiel : " il faut relever la tête ". Depuis, monsieur Zemouri ne l’a plus jamais baissée.

_______
(*) 
Nos ancêtres les chibanis ! Portraits d'Algériens arrivés en France pendant les Trente Glorieuses" - Sabrina Kassa - Ed Autrement - 2006.

 





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Samedi 30 juin 2007
Une mémoire pour devenir

Tableau---cole-002.jpg " Une mémoire pour devenir ". C’est sous ce titre que " Parole de Femmes " vous propose son prochain rendez-vous autour d’un débat public consacré à la mémoire collective. Il se déroulera le vendredi 7 septembre, à 18h30, à l’hôtel de Ville de Dunkerque, salle Jean-Bart.

Alcide Carton, inspecteur honoraire de l’Enseignement, et Francine Auger Rey, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois échangeront avec la salle sur leurs expériences et leur connaissance du sujet. Un film de Jean-Michel Vennemani, " Enquête d’identité " introduira ce débat (lire l’article précédent).

Vos contributions, vos idées et vos interrogations sont les bienvenues d’ici là. Ce blog est à votre service. En attendant, nous vous proposons ce texte, extrait d’un recueil publié en 2001 à l’initiative de Radio France et de son réseau France Bleu. Elle avait fait appel à ses auditeurs en leur demandant d’évoquer le souvenir d’un élève ou d’un professeur qui a marqué leur vie.

L’une d’elle, Adeline, a écrit ce très beau texte en se souvenant de ses début d’enseignante, à la fin des années soixante-dix. Elle a fait ses premiers pas en donnant des cours d’alphabétisation à ceux que l’on appelait alors " travailleurs immigrés ".

A l’époque, l’intégration n’était pas devenu encore un thème à la mode. Aujourd’hui, les enfants et petits-enfants de Ouardi, le héros involontaire des lignes qui suivent, savent que cette intégration a échoué en laissant de nombreux laissés pour comptes, victimes de discriminations en raison de leurs origines. Des origines qu’il leur importe pourtant de connaître et dont ils peuvent être fiers.

Traités comme des anonymes, ces ouvriers n’ont pas apporté que leur force de travail. L’enseignante Adeline l’écrit magnifiquement : " C’est grâce à vous que j’ai aimé ce métier ", leur confie-t-elle. Un métier sur lequel s’est bâtie toute une vie.

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Extrait de "Mémoire de maîtres, paroles d'élèves"
Ed Flammarion - Coll. Librio - Radio France 2001

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! *

"Je retrouve cette photographie d’entreprise de 1978. Le personnel était photographié atelier par atelier : les peintres, les tourneurs, les fraiseurs… Les employés des bureaux ou de la cantine –il fallait dire " restaurant d’entreprise ", selon M. André, le chef du personnel- étaient aussi pris en photo entre eux. Vous faisiez partie de l’équipe des peintres, un des plus sales boulots…

Sur ce cliché, une dizaine d’hommes. Tous Maghrébins sauf un très grand Noir qui vous dépasse tous d’une tête. Vous portez le même bleu de travail immaculé. La photo a dû être prise un matin avant de commencer le travail ou peut-être vous a-t-on fait venir exprès en dehors des heures de travail avec la consigne d’apporter une tenue impeccable. Vous êtes beaux tous, majestueux presque, dignes en tout cas. Vos regards sont respectueux mais droits, et vos yeux fixent l’appareil sans ciller. 

On vous appelait " travailleurs immigrés "

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! Vous êtes debout, en deuxième ligne, le troisième en partant de la gauche, quasiment au milieu. Vous seul souriez imperceptiblement. Comme la plupart de vos congénères, vous tenez un couvre-chef (c’est une casquette en tweed à carreaux, d’autres ont des bonnets, d’autres encore des casquettes en coutil) contre votre ventre un peu proéminent. Une fine moustache grisonnante bien taillée surmonte votre lèvre supérieure. Vos rares cheveux frisottent en une couronne poivre et sel. C’est vous-même qui m’aviez donné ce cliché à la fin de l’année. Plus tard, pendant les vacances, j’ai reçu une carte postale de Oujda, au Maroc, signée de vous.

On vous appelait " travailleurs immigrés " ou " main-d’œuvre étrangère ". Après l’Espagne et le Portugal, vous veniez d’Algérie surtout, mais aussi du Maroc et de Tunisie. Et d’Afrique noire. Pour donner vos forces vives à la France en plein essor. Le travail ne manquait pas. Quant à vous permettre de vous loger décemment, c’était une autre affaire… 

Un foyer délabré, rue de Billancourt

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! Vous étiez arrivé en 1950 de votre Maroc natal. A la fin des années soixante-dix, vous viviez toujours avec six de vos condisciples, dans l’une des toutes petites chambres d’un foyer délabré de la rue de Billancourt à Boulogne, commune limitrophe de la capitale de la France, un des pays les plus développés du monde moderne. Vous n’aviez jamais fait venir votre famille mais, grâce à vos économies, vous réussissiez à descendre au Maroc tous les deux ans.

En 1978, certaines grandes entreprises étaient encore si prospères qu’elles accordaient à leurs travailleurs étrangers le droit à l’alphabétisation sur leur temps de travail. Aujourd’hui, plusieurs de ces entreprises sont toujours aussi riches, mais les travailleurs étrangers sont toujours les premiers que l’on prie de rentrer chez eux…

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! Je suis passée, un matin d’octobre, sous le porche d’entrée, cartable en bandoulière, manuels sous les bras et sabots aux pieds (c’était la mode à l’époque…). Je suis entrée dans une pièce qui ressemblait à une salle de classe. Tables et chaises en bois, tableau noir, craies et chiffons. Et une douzaine d’hommes de tous âges, de toutes tailles et de toutes corpulences. Algérien, Marocains, Tunisiens mais aussi Maliens et Portugais. Tous en France depuis plusieurs années. 

Tracer les lettres de leur nom

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! Il y avait là M. Saâdi et M. Boubaker, tous deux âgés, complètement analphabètes et d’une grande sagesse. Au fil des jours, je leur ai appris à tracer les lettres de leur nom, de celui de leur femme et de leurs enfants. C’était difficile pour eux qui n’avaient toujours fait que des croix, mais j’ai aussitôt éprouvé une grande admiration et un profond respect pour ces hommes si humbles et si appliqués, et dont l’intelligence perçait malgré leur mauvaise connaissance du français.

Il y avait aussi un jeune Tunisien, Ali, seulement un peu plus âgé que moi, arrivé depuis peu en France contrairement à ses collègues. Très brun, très beau, moins assidu que les autres, il me souriait beaucoup et m’appelait dès qu’il avait écrit trois mots sur un bloc… Il m’a même rattrapée un jeudi après le cours et m’a demandé en riant si je voulais l’épouser. Je l’ai gentiment éconduit, mais j’étais un peu décontenancée. Apparemment sans rancune, il a continué à venir au cours. Quand à moi, je me suis acheté une jupe " de vieille " en lainage brun qui me battait les mollets et des pulls " ras du cou "… Pour faire au moins 25 ans !

Il y avait encore M. Lopez et M. Martins, des Portugais qui parlaient si bien le français avec leur accent chuintant et faisaient des tonnes de fautes d’orthographe.

Et les deux Maliens, M. Traoré et M. Sélif, l’un sombre et sérieux, et l’autre, la bouche toujours fendue d’un sourire qui n’avait pas besoin de dentifrice, le rire dévastateur dès qu’il faisait une erreur et qui voulait m’inviter chez lui, à Kayes. Et M. Rachidi, M. Sfihi, M. Rabah, M. Bouakra, M. Bensaleh… Mais le plus bavard était sans conteste vous, monsieur Ouardi ! Presque un peu fayot, me disais-je sans aucune acrimonie car je vous aimais beaucoup. Plutôt petit, corpulent, le visage rond éclairé de petits yeux noirs et rieurs, vous vouliez toujours répondre aux questions le premier et, trop pressé, vous vous trompiez souvent. L’année scolaire s’est vite écoulée. Avec les beaux jours, j’ai remis mes sabots, mes jupons et rajeuni ainsi de cinq ans (au moins…). Ce jour-là a été un des plus beaux de ma vie. 

"C'est de l'or"

Souvenez-vous, monsieur Ouardi ! Pour le dernier cours de l’année, j’avais réuni mes maigres qualités de cuisinière (en effet, j’étais bien davantage douée pour la pédagogie du français langue étrangère que pour la cuisine) et avais confectionné un gâteau au chocolat pour vous tous, mes premiers élèves, vous qui aviez, tout au long de cette année, fait de moi un professeur pour la première fois de ma vie. Et vous m’avez paru bien solennels, presque endimanchés cet après-midi là, lorsque je suis entrée dans la salle de cours encombrée de mon plat, des assiettes et des serviettes en papier apportées pour l’occasion. Pendant que je m’affairais à découper mon gâteau en parts égales, j’ai senti comme un conciliabule derrière mon dos, des murmures, puis le rire sonnant de M. Sélif interrompu par un " chut " un peu énervé de votre part. Alors vous vous êtes raclé la gorge et avez commencé : " Mademoiselle, je voulais –enfin, moi et les autres… euh… on, euh, plutôt, nous voulions… " Vous, d’habitude si loquace, cherchiez vos mots, un peu éperdu. Vous avez cependant poursuivi, après un signe d’encouragement de M. Boubaker : " Voilà, on s’est tous cotisé. C’est pour vous… "

Vous m’avez alors tendu un tout petit paquet sorti comme par magie d’une des nombreuses poches de votre bleu et posé tel un trésor sur votre grande main calleuse. Je n’ai pu articuler un seul mot tant ma gorge était nouée. J’ai vite déchiré le papier cadeau très chic (bleu nuit enturbanné de fil doré) pour découvrir une fine chaînette que j’ai aussitôt passée autour de mon cou, levant les yeux au ciel afin que les deux larmes qui venaient d’y perler ne coulent pas.

" C’est de l’or ", avez-vous précisé d’une voix redevenue sûre. 
On a mangé le gâteau et, au milieu du brouhaha du goûter, j’ai enfin pu tous vous remercier.

Et aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, je sais que c’est grâce à vous que j’ai aimé ce métier et que je continue à aimer enseigner la langue française à ceux qui m’apprennent tant d’autres choses…" 

 Adeline

 

  *Le titre et les intertitres sont de la rédaction de "Parole de Femmes"

 

Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE - Publié dans : Débats
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Mardi 12 juin 2007

Une mémoire pour devenir

Alcide-Carton-11-juin-07-003.jpg Alcide Carton, l'un des participants 
au débat du 7 septembre


Le prochain débat public de " Parole de Femmes " sera consacré à la " mémoire collective ". Il se déroulera le vendredi 7 septembre à Dunkerque (le nom de la salle sera communiqué prochainement sur ce blog) et sera précédé, à 18h30, de la projection du film " Enquête d’identité ". Travailler sur la mémoire collective pour quoi faire ? Pour qui ? De quelle manière ? Internautes, blogueuses, blogueurs, intervenez dès maintenant ici même. Vos questions, remarques et contributions permettront de construire et d’étayer notre débat. Cliquez en bas de cet article pour vous exprimer.
.

Rien de ringard dans tout cela. Les jeunes découvrent. Plus ils découvrent, plus ils ont soif de savoir. Plus ils sont curieux. Plus nous devons leur parler, leur transmettre. Cela devrait commencer par l’école. Au fait : quel, rôle joue-t-elle dans ce domaine ? Alcide Carton, inspecteur honoraire de l’Education nationale témoignera. Avec des élèves du lycée professionnel Béhal, à Lens, il a initié un travail important. Il est également président de l'association des pupilles de l'enseignement public, à Arras.

Dans ce même lycée, Jean-Michel Vennemani, a tourné un film de 51 minutes. Il retrace l’évolution de quatre élèves inscrits en BEP dont les familles sont issues des vagues successives d’immigration dans la région. Il questionne la construction progressive à l’adolescence des bases de la citoyenneté et de l’engagement citoyen. Il invite de manière concrète à s’interroger sur les origines et leurs représentations dans la société actuelle.

Ce film, produit par VF Production et France 3 Nord – Pas de Calais, a été réalisé avec le concours d’Alcide Carton.

Parmi les autres intervenants, nous avons invité la directrice de Radio Canal Sambre Avesnois, Francine Auger-Rey. Sa radio s’est beaucoup impliquée dans le mémoire collective de la vie ouvrière de l’Avesnois.

 

 

 

 

 

Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE - Publié dans : Débats
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Samedi 5 mai 2007

 

 

L'intégration :

Qu'est ce que cela veut dire aujourd'hui ?

Question aux blogueurs : Pour le chanteur Anis, ceux qui mettent en avant le combat de l’intégration " ont quarante ans de retard ". Et vous, qu’en pensez-vous ? Réagissez à cette déclaration et au texte ci-dessous en postant vos commentaires.

 

vi.jpg On se souvient de la gêne de Simone Veil, pendant la campagne présidentielle, lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé sa volonté de créer, s’il était élu, un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. L’ancienne ministre aurait préféré que le candidat qu’elle soutient parle plutôt d’ " intégration ".

On sait cependant que ce mot était déjà rejeté par les jeunes dès la fin des années 80. Cela n’a pas empêché la classe politique et les médias de continuer à présenter l’intégration comme une panacée pour la jeunesse qui déclarait son mal de vivre. Les journaux aimaient à multiplier des exemples d’ " intégration réussie ". Un tel, fils d’immigrés algériens, était devenu chirurgien à force de travail, une autre était une chanteuse connue, d’autres encore avaient créé leur entreprise, etc.

Peu nombreux étaient ceux qui avaient compris le piège. Alors que certains " réussissaient " (" à force de travail et de bonne volonté "), c’est donc que tous les autres -chômeurs, exclus, travailleurs pauvres- méritaient finalement leur sort. Ils n’avaient rien fait pour s’en sortir ! Les politiques qui défendaient cette conception avaient conduit à opposer une sorte de beurgeoisie triomphante (ceux que l’on montrait en exemple) à une populace de quartiers ou de banlieues (c’est comme l’on veut) qui avait baissé les bras et qui profitait du système. Les uns, parfaitement " intégrés ", ne posaient pas de problème. Ils étaient en quelque sort " assimilés " à la culture française.

Il ne restait qu’à reprocher aux autres, restés sur le bord de la route, de sombrer et de se complaire dans le communautarisme, la marginalité et, pourquoi pas, l’argent facile du deal. On désignait déjà -et non sans mépris- les " non intégrés " ou les " non assimilés " comme le produit d’un choix personnel, comme de la graine de " racaille ".

Plus de quinze ans après, on peut mesurer le mal qu’a produit cette distinction. La révolte des jeunes, durant l’automne 2005, n’a pas permis de générer la moindre solution. Au contraire : associer deux notions comme l’ " identité nationale " et l’ " immigration " démontre une incompréhension totale d’une réalité pourtant incontournable : celle d’une France plurielle. Mais d’une France plurielle qui souffre d’exclusion et de mal vivre.

De la même façon, reparler d’intégration semble relever d’un autre âge. Le chanteur Anis, fils d’un Marocain et d’une Russe, a vu sa chanson " Intégration " distinguée l’an dernier par la chaîne publique France 2. Celle-ci l’avait choisie comme une des chansons de l’été. Récemment, le quotidien algérien " El Watan " a demandé à Anis si cette " chanson aurait pu être comme un hymne de cette campagne présidentielle où ce sujet est dans l’actualité ".

La réponse du chanteur est sans ambiguïté : " Le débat, pour moi, est fini avant de commencer. Nous sommes tous intégrés. Bien sûr, il y a les élections ; les candidats font, chacun, leur tour en banlieue pour une photo, mais pour moi le problème de l’intégration est résolu, il y a longtemps. J’ai vu à la télé un reportage des années 1980 et déjà on posait la question à des beurs : " C’est quoi l’intégration pour vous ? " Et eux qui répondaient déjà : " Mais pourquoi vous nous parlez de ça, on est nés ici, d’emblée on devrait être intégrés. " Parler d’intégration aujourd’hui, c’est avoir dix wagons de retard. "

Quant à la question de l’identité, voici ce qu’il répond :  " L’identité se construit. Elle se nourrit de tous les apports qui font la richesse et la particularité de la France, c’est un ex-pays colonisateur et, apparemment, cela pose problème. Cela ne devrait pas. Il y a d’autres pays qui ont réglé cette question, comme l’Angleterre ou le Canada. La France, elle, a découvert, il y a dix ans, qu’il y avait des ex-colonies, qu’elle a un passé colonial et qu’il y a des beurs et des Africains dans les cités et qu’il faut les intégrer. Et bien, non. Ceux qui mettent ce combat en avant, celui de l’intégration, ont 40 ans de retard. "

 

  Ne manquez pas de cliquer ci-dessous pour ajouter vos commentaires ou vos questions.

 

 

 

 

Par AJS LE BON EMPLOI DE LA SOLIDARITE - Publié dans : Débats
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Jeudi 3 mai 2007

Echanger,réfléchir, comprendre   

Lancée en 2005, l’action " Parole de Femmes " repose jusqu’à présent sur l’organisation de débats publics sur des thèmes de société. Il s’agit d’abord de faire émerger l’expression de femmes qui, souffrant souvent d’exclusion et de difficultés sociales, sont peu habituées à échanger sur les différents aspects de notre société.

 

Les débats réalisés ces deux dernières années, à Dunkerque, ont permis de valider ce projet et ont montré qu’il répond à un vrai besoin. Sur des sujets très variés (insertion économique et sociale, laïcité et religion, mariages forcés, quelle école voulons-nous ?, travailleuses pauvres, femmes et politiques, coût de la vie…) les participantes ont questionné, échangé et confronté leurs idées avec des spécialistes et des élus.

 

Aujourd’hui, nous souhaitons franchir une étape supplémentaire en portant le débat sur la blogosphère. Ce blog a été créé pour élargir l’espace de réflexion de " Parole de femmes ". Vous y trouverez le programme des prochains débats, des compte-rendus et des thèmes de discussion sur l’actualité ou vos préoccupations quotidiennes.

 

Nous vous invitons à réagir aux thèmes proposés et à suggérer vos propres sujets de débat. Tous les thèmes concernant la démocratie participative au féminin sont les bienvenus.

Ne ménagez pas vos claviers !

 

 

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